Ah! qu’elle me paraît délicieuse cette réunion, dans cet humble milieu où nos cœurs sont si fraternellement unis!... Charlotte Plichon n’est qu’une humble couturière de village, mais comme je la sens ma sœur par son amour pour son mari et sa vie angoissée depuis que la guerre le lui a pris. Et puis, elle est bonne. Pour nous bien accueillir, Max et moi, elle a mis tous ses soins, sorti ce qu’elle possède de plus beau,—vaisselle et linge,—préparé les plats que, dit-elle naïvement, elle réussit le mieux.
Et quelle causerie gaie s’établit, toute vibrante des récits de nos deux lieutenants que ravit l’impression retrouvée du home. Je ne sais plus bien si je rêve ou non tant je me trouve dépaysée; mais le rêve est si bon que je m’y livre toute.
Insatiable, je contemple Max.
Ah! qu’il ne ressemble plus au vagabond dont la mine de misère m’a fait sangloter dans la gare de Nantes! Il est robuste, à la façon d’un jeune chêne, ses traits fins se sont accentués dans le hâle de la peau. Il a un air de force, de santé, d’énergie qui me fait tressaillir d’orgueil. Ce n’est plus le beau conducteur de cotillons, mais un vrai soldat.
Aussitôt le repas fini, nos maris ont dû repartir; et j’ai été dormir dans la chambre blanche, où seul était chaud le grand lit qui m’enfouissait dans la plume.
Le lendemain matin, il m’a semblé très comique de me débrouiller sans femme de chambre, de faire mes bottines, mon lit, car je voulais donner à «ma cousine» le moins d’embarras possible. A peine étais-je à peu près habillée, vers les neuf heures, qu’un coup a heurté ma porte:
—Eh bien! chérie, es-tu prête à partir?
C’est lui, Max! Avec son air flirt, son regard caressant, sa bouche amoureuse. Et les minutes délicieuses recommencent. Il est d’une gaieté folle: si tendre, qu’il m’empêche de finir ma toilette, quoi-qu’il me répète comme un refrain:
—Dépêche-toi! mon amour. La voiture est en bas. Charlotte Plichon t’attend.
Je proteste: