Guisane s’arrête une seconde; sa voix s’assourdit plus encore pour me raconter les derniers instants.

—... Il était très gai; confiant comme toujours en sa bonne étoile, le pauvre enfant... Quelques minutes avant de s’éloigner, il m’a dit...

—Quoi?... Que vous a-t-il dit?

—Il m’a encore une fois parlé de vous pour me demander de vous répéter, si... il ne revenait pas et si la destinée me rapprochait de vous... que pas une femme ne lui avait été chère comme vous, qui étiez son amour même...

Lourdement, de nouveau, mes paupières s’abaissent pour que je recueille mieux en moi cette affirmation suprême de mon mari. Est-ce la réponse à la mystérieuse question concernant Maud et lui, que mon cœur a vainement murmurée tant de fois?...

Oui, je le crois, j’en suis sûre! il n’a aimé aucune autre, comme il m’aimait moi, l’amoureuse petite compagne de sa jeunesse... Mais... mais... puis-je être sûre que d’autres aussi ne l’ont pas... charmé... alors que j’étais sa femme?

J’ai le cœur si serré, que je ne pourrais même pas pleurer, tant ma volonté de rester maîtresse de moi a pétrifié ma sensibilité extérieure. C’est au fond de mon âme que les sanglots me brisent; et, dans mon calme glacé, je peux dire à Guisane, qui attache sur moi un regard affectueusement inquiet:

—Et puis?...

—Et puis, nous nous sommes serré la main. La lumière d’une lanterne éclairait son visage énergique et souriant. Dans ses yeux, je le voyais sans un atome d’appréhension, tout au plaisir de tenter une sorte d’escapade dont la difficulté l’attirait. Il m’a dit en riant:

—Et maintenant, à la grâce... Au revoir!