Je lui ai répété encore:

—Surtout, soyez prudent!

—Mais oui... mais oui! Au revoir, mon ami.

Et il s’est détourné... Je ne l’ai plus revu que quand on l’a ramené...

Guisane se tait.

Que demanderais-je de plus?... Le reste, je le sais... J’entends Guisane me dire, de cet accent grave et chaud, si différent de sa voix habituelle:

—Vous pouvez être fière de lui, madame.

J’incline la tête.

Oui, je suis fière du souvenir qu’il a laissé. Mais ce Max que Guisane vient ainsi de me révéler, je ne l’ai pas connu. Ce n’est pas mon mari amant. Ce n’est pas le beau cavalier flirt que le monde grisait, dont l’hommage rendait les femmes fières. Ce n’est pas le Max dont j’essayais, si douloureusement quelquefois, de capter la pensée ondoyante, attirée par toutes les féeries, le cœur que je voulais profond pour que le mien puisse s’y abîmer... Le Max que Guisane a vu en pleine guerre, c’est celui que ses lettres me faisaient pressentir... Celui qui ne voulait pas, à Paris, parler du danger dont il vivait désormais enveloppé; celui dont ses chefs et ses camarades m’ont raconté l’endurance, l’inaltérable bonne humeur, la bravoure audacieuse.

Quel viatique c’est pour moi de penser qu’il a été l’homme dont Guisane vient de dire: