—Vous pouvez être fière de lui, madame.
Guisane, maintenant, est, comme moi, silencieux; il devine combien ces souvenirs évoqués m’entourent, m’isolant tout à coup du reste du monde.
Une pluie chaude s’est mise à tomber. J’entends les gouttelettes ruisseler sur les branches... Et puis, c’est Kate qui appelle Jean, encore dans le jardin. La petite voix fraîche répond; la voix qui, bien autrement enfantine, lors de la dernière permission, commandait, joyeuse:
—Papa, venez jouer avec moi! s’il vous plaît.
J’ai un frisson, et je reprends, d’un accent de prière:
—Lorsque Jean sera un peu plus grand, il faudra lui raconter tout ce que vous savez de son père?... Et même maintenant, apprenez-lui déjà ce qu’il peut comprendre... Ensuite, je ne vous importunerai plus...
—M’importuner!... Madame, ne sentez-vous quelle douceur ce m’est de parler d’un ami, tel que votre mari l’était devenu pour moi pendant ces quelques jours où nous éprouvions les mêmes affres pour l’avenir de notre Verdun?
Toujours silencieuse,—je sais qu’un sanglot étoufferait ma voix si j’essayais de parler...—je lui tends ma main, et je me lève, entendant approcher Jean. Il est tout près. Il accourt, car Kate lui répète, impatiente:
—Quick, quick, darling. It rains!
Alors, sans réfléchir, j’appelle: