—Jean, viens ici! Dans le salon!...
Il bondit de plus belle; toujours, il voudrait être près de moi, le pauvret. La porte s’ouvre. Sa figure menue, bronzée déjà par la mer, apparaît toute rieuse.
—Maman, vous voulez bien que j’entre, dites?
Il n’en croit pas ses oreilles: un visiteur est là, et je l’invite à paraître!...
Il se précipite en tourbillon vers moi. Je l’attire dans mes bras et il s’y blottit ainsi qu’un oiselet dans son nid. Alors, ma main dans ses boucles, souples comme l’étaient les cheveux de Max, je commence, lui montrant Guisane:
—Vois-tu ce monsieur-là, c’était un ami de ton papa. Il te racontera comme papa était un brave soldat!
—Oui... Et moi aussi, je serai un brave soldat quand je serai grand!
J’ai un geste irraisonné pour retenir dans mes bras ce petit qui pense déjà à se battre. Comme si la destinée voulait me le prendre, lui aussi! Et puis, je me raidis contre ce vain élan et j’écarte Jean qui proteste:
—Donne la main à M. Guisane, et va retrouver Kate.
Avant de me laisser, il a vers moi un de ces mouvements tendres dont il est coutumier, et il jette un ardent baiser sur mes doigts qu’il attrape au passage. Alors seulement, il s’approche de Guisane qui le prend devant lui, debout entre ses jambes, et lui demande, gardant les deux menottes dans sa main d’homme: