— Qu’importe ? Si je puis conserver un peu d’espérance… Vous me le permettez…? madame. Je vous en supplie !
— Mon enfant, je souhaite de toute mon âme que Suzy comprenne un jour avec quelle confiance je vous la donnerais !
André fût volontiers resté encore des heures à causer ainsi. Mais ses débuts mondains le réclamaient. Seulement, s’il ne s’ennuya pas mortellement au bal d’Hugues Mersen, ce fut grâce au souvenir de sa conversation avec Mme Douvry, dont il emportait du courage et de la joie pour longtemps. Elle lui avait été si douce, qu’il en recherchait encore les plus petits mots, quelques jours plus tard, dans le train qui l’emportait vers Amiens, voir sa mère.
C’était un des rares plaisirs d’André, que ces voyages réguliers à Amiens. Lui qui, à Paris, se renfermait dans une solitude monacale, jouissait délicieusement de ces heures passées, de temps à autre, dans la calme maison de province où tout était souvenir pour lui. Et ceux qui le jugeaient sur sa seule apparence, eussent été surpris de voir quelle affection tendre, cet homme, réputé froid, apportait dans ses rapports avec sa mère, bien qu’entre eux le niveau intellectuel fût loin d’être le même.
Mme Vilbert était une femme très simple, d’une sérénité inaltérable, profondément bonne, l’esprit peu cultivé mais dirigé par un sens large et juste. Enfermée dans le cercle de ses devoirs quotidiens, elle n’avait jamais désiré savoir rien d’autre de la vie, dans laquelle, toujours, elle avait cherché les chemins tout tracés et les plus droits.
Bien rarement, elle avait quitté sa ville d’Amiens où elle était née, s’était mariée, avait éprouvé toutes ses joies et toutes ses peines. Quelques fois, elle était allée à Paris ; et toujours en était revenue dominée par une impression d’extrême lassitude et d’ennui ; presque effrayée de l’agitation fiévreuse qu’elle y voyait, avide de retrouver la monotonie calme de sa vie habituelle.
Elle avait ardemment aimé son mari qui lui était supérieur comme intelligence, mais dont elle était l’égale par le cœur ; et, ensemble, ils avaient été heureux, appuyés l’un sur l’autre aux heures douloureuses, quand ils voyaient se fermer à jamais les yeux de leurs enfants.
Puis, à son tour, le père s’en était allé reposer dans l’oubli de toute chose. Dès lors, la tendresse de cœur de Mme Vilbert s’était concentrée sur le seul fils qui lui fût resté ; et elle l’admirait avec le même orgueil naïf que lui inspirait jadis son mari.
André, lui, éprouvait auprès d’elle une sorte de détente morale. Le calme souriant de Mme Vilbert rafraîchissait son esprit enfiévré par un travail constant et passionné. A l’avance, quand il se rendait à Amiens, il savait quels seraient l’ordre et l’emploi de sa journée ; et cette régularité même lui était un repos.
Quand, le dimanche, après sa visite chez Mme Douvry, il sortit de la gare d’Amiens, un beau soleil irisait les cristaux de neige qui poudraient les arbres, dressés bien haut vers le ciel bleu pâle.