— Alors ? Je ne comprends plus du tout.

— J’en sors par raison, parce que j’ai compris que j’étais une espèce de sauvage, qu’il fallait me civiliser si je voulais…

Il s’arrêta brusquement.

— Si vous vouliez conquérir tout à fait le cœur de la folle petite fille qui nous est chère à tous deux, continua Mme Douvry, levant vers le jeune homme son regard profond. Mon enfant, Suzy m’a tout dit…

— Et vous me pardonnez de lui avoir parlé ? pria-t-il, la voix soudain tremblante.

Jamais encore, elle ne lui avait donné cette appellation : « Mon enfant ! » D’ordinaire, elle disait : « André » ou « mon ami ».

— Vous pardonner… quoi ?… D’avoir voulu épargner à Suzy un éloignement qui la désolait ; de lui avoir montré une affection dont elle pouvait être fière ? Mon enfant, je vous remercie d’avoir songé à elle !… Et c’est pourquoi, finit Mme Douvry plus bas, j’aime à parler de Suzy avec vous !…

Elle se tut. André attendait, avide d’entendre un mot d’espoir. Mais Mme Douvry reprit seulement, d’un ton moitié plaisant, moitié ému :

— Autrefois les chevaliers, pour conquérir leur dame, s’en allaient à la recherche du Saint Graal. Aujourd’hui, ils doivent se soumettre à des épreuves moins austères, mais tout aussi dures, n’est-ce pas ? André.

Il eut ce sourire très jeune qui éclairait parfois ses traits rudes.