Le visage paisible de Mme Vilbert s’éclaira, mais elle dit en hésitant :

— C’est que, mon enfant, cela te détournera de ton chemin, je vais aux Ursulines.

— Qu’importe, mère ; les courses d’Amiens ne sont pas bien longues ! Et puis, je viens pour vous voir, je désire profiter de vous le plus possible !

Tout en parlant, il s’était un peu penché et ses lèvres effleurèrent les cheveux blancs de Mme Vilbert, qui ne protestait plus contre la proposition de son fils.

Il la conduisit, en effet, aux Ursulines. Puis, il prit sa course à travers les boulevards où le vent s’engouffrait, mordant et âpre, rougissant le visage des rares promeneurs qui arpentaient, en conscience, la traditionnelle promenade du dimanche ; et il arriva bientôt devant la maison de tante Sylvie, située vers le faubourg, tout à l’extrémité de la rue Laurendeau.

Ce fut la vieille demoiselle elle-même qui vint ouvrir :

— Ah ! André ! Mon ami, je suis bien contente de te voir ! Entre vite, tu dois être glacé ! Viens par ici. Avant de s’en aller au Salut, ma vieille Flore m’a fait un bon feu au salon !

Décidément, elle ne changeait pas, la tante Sylvie. Aussi loin qu’il se la rappelait, André la voyait toujours la même : très replète, un visage plutôt pâle où tranchaient des lèvres bien rouges ; de petits yeux vifs, couleur de café, qui regardaient curieusement gens et choses ; et des bandeaux d’un brun éternel — et pour cause ! — toujours lisses sous le bonnet de tulle noir à rubans violets.

Trottant menu devant André, elle l’introduisit dans la pièce qu’elle appelait pompeusement le « salon » et dans laquelle se trouvaient deux personnes : un gros, très gros monsieur, et une longue jeune fille jouissant de grands pieds, de grandes mains et d’une chevelure rousse serrée en petites nattes maigres, à l’abri d’un chapeau dont la forme était aussi peu moderne que possible.

— Mon neveu André, de Paris, annonça Mlle Sylvie, entrant dans la pièce, suivie du jeune homme.