Le gros monsieur et la longue jeune fille se levèrent et saluèrent profondément André, comme il convient de saluer une personne qui arrive de Paris.

— André, je ne sais si j’ai besoin de te présenter M. de Guillancourt et sa fille Anna, poursuivit Mlle Sylvie. Quand tu étais petit, tu as été bien souvent admirer, en compagnie d’Anna, la pièce d’eau et les faisans dorés de M. de Guillancourt !…

Probablement, André était à cette époque dans un âge trop tendre pour qu’il lui fût possible de se souvenir de rien, car il ne se rappelait d’aucune façon la pièce d’eau, les faisans dorés et la jeune Anna.

Aussi, se contenta-t-il de répondre par quelques mots vagues et aimables qui amenèrent une rougeur fugitive sur les joues de Mlle de Guillancourt.

— Comme cela nous vieillit de voir ces enfants si grands ! remarqua Mlle Sylvie du ton convaincu qui est de rigueur pour ces sortes d’exclamations. Ainsi, voilà Anna prête à sortir du Sacré-Cœur, bientôt en âge d’être mariée même !

— Ah ! fit poliment André, auquel la chose était fort indifférente.

Le gros M. de Guillancourt intervint. Il avait un air de paysan, avec des vêtements de citadin.

— Certes, je ne serai pas, à ce moment-là, en peine de l’établir, avec la fortune qu’elle aura !… Puis, je lui ai fait donner une instruction solide… Elle a obtenu son brevet ; elle joue du piano ; elle compose même de petits dessins, de petites peintures…

— Comme mon neveu justement, qui est un grand artiste !… Il a fait des œuvres que tout Paris connaît ! s’écria Mlle Sylvie avec orgueil.

Anna leva un regard d’admiration vers André. Elle n’avait l’air aucunement convaincue de ses propres mérites. Peut-être, après tout, se rendait-elle justice en les appréciant peu.