— Ma tante, je vous en prie, épargnez-moi ! dit André qui avait horreur d’entendre chanter ses louanges, surtout par Mlle Sylvie dont l’enthousiasme était expansif. Et, pour arrêter la bonne demoiselle dans son élan, il se tourna vers Anna et lui demanda :

— Vous aimez la peinture ? mademoiselle.

Elle devint rouge comme une cerise et répondit à voix basse :

— Oh ! non, monsieur. Je trouve trop de difficultés à l’apprendre !

Son père se lança à la traverse et déclara d’un ton doctoral :

— Mon enfant, tous les débuts sont durs !… Monsieur te le dira. Il a dû commencer par faire de petites choses laides avant d’arriver à peindre de beaux tableaux !… Pour réussir, il n’y a que la persévérance… Ah ! si je l’avais compris étant jeune, je serais plus savant aujourd’hui et je n’ignorerais pas, par exemple, ce qu’il en est réellement de la valeur de mes phosphates !

— Ta mère t’aura parlé de la découverte de ces terrains, André, n’est-ce pas ? fit avec obligeance Mlle Sylvie, toute prête à entamer un récit.

André trouvait tout à coup la conversation intéressante.

— En effet, ma tante. Monsieur possède-t-il donc quelque partie de ces carrières ?

— Oui, monsieur Vilbert, répliqua le gros homme s’agitant sur son fauteuil qui eut un craquement douloureux. Oui, monsieur Vilbert, et vous m’en voyez même bien embarrassé !… Il y a, paraît-il, à entreprendre là une grande exploitation ; c’est du moins ce que disent les gros propriétaires du pays, à commencer par mon voisin, un agent de change de Paris !… Mais voilà !… J’ai peur de me laisser tromper !… Je ne sais trop que croire !… Il me faudrait les conseils d’un ingénieur, et…