— Et vous n’en connaissez pas ? interrogea André très attentif.

— Pas le moindre ! Comment diable cela pourrait-il être ?… Je ne vois jamais que des fermiers !… Aussi je suis bien embarrassé, monsieur Vilbert.

— Je pourrais vous mettre en rapport avec un ingénieur très capable, commença lentement André.

M. de Guillancourt ne le laissa pas achever.

— Oh ! monsieur Vilbert, vraiment, vous consentiriez à faire cela ?… Ah ! je vous en serais terriblement reconnaissant ! Quel service vous me rendriez en m’adressant une personne en qui je puisse avoir toute confiance !… Que voulez-vous ?… Je n’entends rien à ces sortes d’affaires, moi !… Aussi je me méfie de tous ces beaux messieurs venus de Paris, qui sont toujours prêts à se moquer de nous autres, campagnards !… Ainsi, à la tête de notre commune exploitation, mon voisin l’agent de change désirerait placer quelqu’un de sa connaissance. Soit !… Mais je tiens à avoir aussi mon homme dans l’affaire. Et puisque vous me répondez de votre ingénieur…

— Comme de moi-même !

— Parfait ! parfait ! s’exclama M. de Guillancourt dont la bonne grosse figure était rayonnante. Monsieur Vilbert, je sais que vous êtes un garçon sérieux, et je me fie volontiers à vous !… Je vous serai très obligé si vous voulez bien m’envoyer votre ami !…

Ah ! certes oui, André voulait bien ! Allait-il donc lui être donné de pouvoir offrir à M. Douvry une position d’avenir ? Une joie profonde l’envahissait à cette pensée… et aussi à l’idée que Suzy reviendrait peut-être bientôt, si le changement de situation de son père rendait inutile son exil à Cannes…

Et André, l’artiste rebelle aux questions d’affaires, écoutait ardemment les interminables discours de M. de Guillancourt sur la valeur de ses terres ; appliquait son esprit à saisir les explications du propriétaire sur la nature du sol, les expériences déjà faites, promettant de les transmettre à l’ingénieur désiré, auquel, si l’entreprise était avantageuse, serait peut-être confié un poste très important dans l’exploitation.

Bienheureux phosphates ! Quel brillant avenir leur souhaitait André !…