Jamais Mlle Sylvie n’avait vu à son neveu une telle animation. Aussi l’écouta-t-elle d’abord avec assez d’intérêt. Puis, peu à peu, elle trouva que la conversation prenait une allure trop savante et devenait, pour elle, lettre close. Alors elle se mit en devoir de causer avec Anna, sans s’inquiéter des réponses rares de la jeune fille qui enveloppait André de regards timides et admiratifs. Mlle Sylvie ayant infiniment de plaisir à parler, n’éprouvait pas trop de regret de voir son interlocutrice silencieuse.
Pourtant, tout à coup, elle se lassa de monologuer et entreprit d’interrompre la conversation d’André et de M. de Guillancourt. Dans ce but, elle alla, entraînant Anna, chercher dans les profondeurs de son armoire, un merveilleux sirop fabriqué par elle-même, dont elle donna, incontinent, la recette à Anna indifférente.
— Allons, messieurs, assez de science pour aujourd’hui ! fit-elle reparaissant avec la précieuse liqueur, et toujours suivie d’Anna.
Et à sa grande satisfaction, ses paroles amenèrent la diversion souhaitée. M. de Guillancourt, tout échauffé par sa longue causerie avec André et sa joie d’avoir en perspective la possession d’un ingénieur remarquable, se rapprocha avec empressement de la table, pour déguster le sirop de Mlle Sylvie.
Mais, à la grande déception d’Anna, André, lui, se prépara à partir.
— André, mon enfant, attends encore, tu n’es pas pressé, insista Mlle Sylvie. On te voit si rarement !… Reste un peu pour parler de tes tableaux avec Anna !
Rien que cette proposition eût fait fuir André. Aussi résista-t-il fermement aux instances de Mlle Sylvie.
D’ailleurs, il avait à donner cette très bonne raison que sa mère l’attendait à la sortie des Ursulines. Et, bon gré, mal gré, chacun dut s’incliner.
La neige s’était remise à tomber, et le vent éparpillait les flocons sous le ciel d’un gris pâle. Mais André ne s’apercevait de rien, la pensée toute remplie de l’espoir qu’il avait de pouvoir être utile à M. Douvry.
Tout en marchant sous la tourmente de neige, il songeait :