Alors, comme le voiture faisait un mouvement, prête à se remettre en marche, lady Graham demanda :

— Monsieur de Flers, vous retrouverons-nous tout à l’heure chez la princesse de Samiens ?… Elle a, même aujourd’hui, son five o’clock et nous allons oublier, quelques instants, chez elle, toute cette cohue !

Avec l’air de vouloir faire une nouvelle provision de fleurs, Suzy se détourna. En réalité, elle attendait la réponse de Georges, et sa mine distraite n’était pas bien sincère… Elle aimait… assez à rencontrer Georges de Flers partout où elle allait !

— Mme de Samiens m’a fait honneur de m’inviter à être de ses hôtes aujourd’hui, et j’espère, madame, avoir le plaisir de vous retrouver chez elle dans quelques instants.

Suzy garda son air sage de jeune fille bien élevée, mais ses yeux prirent une expression très satisfaite sous l’ombre des cils et elle répondit par un joli sourire au salut d’adieu de Georges de Flers.

La présence, à Cannes, de M. de Flers était douce à Suzy. Entourée d’étrangers, se sentant un peu isolée en dépit du cordial accueil de lady Graham, elle avait éprouvé une véritable joie de l’arrivée de Georges, parce qu’il lui était un lien avec ceux qu’elle avait quittés. Il les connaissait, elle pouvait lui parler d’eux. Puis, tous deux, ils avaient vécu de la même vie au Castel, et elle éprouvait un plaisir profond à rencontrer, étant loin des siens, quelqu’un à qui elle pouvait dire : « Vous souvenez-vous ?… » en réveillant une image du passé.

Elle s’apercevait bien aussi — les petites filles ont des yeux excellents — que Georges ne redoutait pas sa société, au contraire !… Et en effet, sa vivacité, sa fraîcheur d’impressions plaisaient au dilettantisme de M. de Flers ; elles l’intéressaient et le charmaient, en l’étonnant, lui, si blasé.

Aussi, très volontiers, il demeurait auprès d’elle, trouvant, à l’entendre causer, la même jouissance qu’il avait à fixer sur une toile, les traits de son délicieux visage, à écouter son jeu d’artiste, quand elle interprétait les œuvres qu’elle aimait… Le parfum de jeunesse qui flottait autour d’elle lui paraissait charmant à respirer et, sans qu’il le soupçonnât, s’insinuait peu à peu en lui.

Suzy était trop naïve, trop franche, pour comprendre l’âme compliquée de Georges de Flers. Elle l’accueillait tel qu’il se présentait à ses yeux, toujours d’une exquise courtoisie, l’entourant de discrets hommages dans lesquels elle sentait plus que de la politesse… Et c’est pourquoi toute l’amertume de son séjour à Cannes s’en était allée, pourquoi elle jouissait ardemment de la folle animation de cette journée de carnaval !

La voiture de lady Graham avait quitté la file et se dirigeait vers l’une des plus belles villas qui bordaient la promenade des Anglais. Au moment où les chevaux s’arrêtaient devant la grille, une voix dit à côté de Suzy :