Puis, comme elle s’arrêtait un peu haletante, il se rapprocha, et, après avoir félicité lady Graham sur la décoration de son équipage, il demanda :
— Mademoiselle Suzanne, êtes-vous satisfaite de votre journée ?… Est-ce bien ainsi que vous vous figuriez le carnaval ?
— A peu près !… Mais je ne croyais pas possible de m’y amuser autant !… Dès ce soir, j’en écrirai la description à maman !…
Il sourit de voir combien, au milieu même de son plaisir, elle restait la même, toujours occupée de la pensée de sa mère. Elle était charmante ainsi dans son cadre d’orchidées, les yeux étincelants, ses petites dents mordillant ses lèvres, tandis qu’elle fourrageait dans la jonchée odorante éparse devant elle. Et une exclamation involontaire vint à Georges :
— Vous avez l’air de la jeunesse elle-même ! Si j’avais ici mes pinceaux, je vous supplierais de daigner me servir encore une fois d’inspiratrice. Vous finirez par faire de moi un véritable artiste, mademoiselle Suzanne.
Un imperceptible éclair de contentement courut dans les prunelles brunes de Suzy, mais elle répondit, tout ensemble confuse et malicieuse :
— Je ne sais si pareil honneur m’est réservé ! Mais en attendant, je suis très flattée de la confiance que vous me témoignez !
Lady Graham écoutait, amusée. Elle dit gaiement :
— Darling, ne rougissez pas et laissez-moi vous déclarer que je comprends fort cette confiance de M. de Flers, car, enfin, le portrait qu’il a fait de vous restera une de ses plus jolies toiles !
Georges ne protesta pas, et Suzy non plus ; d’autant qu’elle était fort occupée à se défendre contre les projectiles odorants qui lui arrivaient de toutes parts.