Et dans le calme de la chambre maternelle où flottait un parfum vague d’iris, tandis qu’au dehors la neige épandait ses blancheurs, André, très longtemps, parla de Suzy.
X
Sur le bord de la mer violemment bleue, que le soleil pailletait d’étincelles, les voitures avançaient en deux files sous une pluie de fleurs, anémones, violettes, lilas, tubéreuses, qui s’entrechoquaient dans la mêlée d’une joyeuse bataille, emplissant l’air de leurs senteurs confondues.
Car c’était un vrai combat que celui qui se livrait ainsi, de voiture à voiture, entre les curieux réfugiés sur les estrades et les intrépides qui luttaient à pied avec une ardeur passionnée, mais un combat joyeux et chevaleresque dont les projectiles couvraient le sol de leurs pétales parfumés.
Et sans cesse les équipages passaient, toujours fleuris, quelques-uns étant de véritables merveilles qui attiraient les acclamations enthousiastes de la foule.
— Bien réussi, cet attelage !… Voyez donc, de Flers, dit un jeune homme dans un groupe masculin très élégant dont la provision de fleurs — des plus respectables — s’était déjà plusieurs fois épuisée.
— Mais, n’est-ce pas la voiture de lady Graham ?… En effet !… Regardez !… Voici lady Graham avec sa jolie amie, Mlle Douvry !… Vite, des roses pour elles !
En effet, la voiture de la jeune femme faisait brillante figure, transformée en une immense corbeille d’orchidées. Il y en avait une profusion, de ces fleurs étranges ; cernant les contours, cachant les angles, elles retombaient en grappes sur les coussins, enlaçaient les roues, montaient aux harnais des chevaux, entouraient le fouet même de leurs tiges élégantes. Devant lady Graham et Suzy s’épanouissait une moisson de fleurs de toutes sortes, dans laquelle, sans cesse, elles puisaient, surtout Suzy, qui s’amusait de ce jeu nouveau, avec la vivacité d’une enfant.
— Monsieur de Flers, à vous ! cria-t-elle joyeusement, comme le jeune homme, opérant une savante manœuvre, avançait vers la voiture, immobilisée un instant par la foule.
Il riposta à la pluie de narcisses qui s’abattait sur lui ; et une vraie bataille s’engagea entre eux, combat partiel dans la mêlée générale.