Il poursuivit, voyant qu’elle attendait :
— Alors, quand je me suis vu en Dauphiné, j’ai pensé que je ne me trouvais plus bien loin du vrai Midi, de Cannes, et la tentation a été si forte, que je n’ai pu résister au désir d’y venir…
— Pour assister au carnaval !
— Pour vous voir ! dit-il de sa voix aux notes graves.
Une flambée rose monta au visage de Suzy. Il n’y avait pas le moindre accent de madrigal dans les paroles d’André. Il s’était exprimé avec son habituelle simplicité, mais quelque chose de sincère et d’absolu y vibrait qui, subitement, réveilla dans la pensée de Suzy le souvenir oublié, et elle demeura une seconde saisie, comme si elle avait, pour la première fois, entrevu la profondeur de cette affection qu’elle avait repoussée sans la comprendre. Mais aujourd’hui, encore moins que jadis, elle pouvait y répondre. Son âme restait loin de celle d’André. Et une anxiété s’empara d’elle, devant la crainte qu’il ne lui reparlât du passé.
Aussi, elle reprit hâtivement, sans trop savoir même ce qu’elle disait :
— Avez-vous été content de votre journée, hier ?… Ne trouvez-vous pas que le carnaval est une invention charmante ?
— Vous y avez trouvé beaucoup de plaisir ? mademoiselle.
Il avait repris le ton de la causerie. Elle respira, et délivrée de son inquiétude, elle répondit gaiement :
— Oh ! beaucoup ! Mais je vous ai à peine remercié de la moisson de fleurs que vous m’avez adressée ! J’ai conservé le plus que j’ai pu de vos roses, et je les ai jointes aux violettes qui me venaient de M. de Flers !