— Attendez encore un instant !… Parlez-moi de la maison !… Cela me fait tant, tant de plaisir de vous entendre ! Je vais demander mon chapeau et mes gants et je les mettrai tout en vous écoutant, si toutefois je ne vous choque pas trop en agissant à votre égard avec une telle absence de cérémonie.

André n’était pas choqué du tout, au contraire !… Il était heureux qu’elle lui accordât quelques instants de plus !… Ces minutes passées près d’elle lui avaient paru s’écouler avec une effrayante rapidité et le mot d’« adieu » lui déchirait les lèvres.

Debout devant la glace, elle mettait maintenant son chapeau, la taille dessinée par sa robe claire, arrangeant avec une coquetterie naïve les cheveux souples qui frisonnaient autour de ses tempes ; et toujours questionnant André, insatiable de détails sur Mme Douvry, sur le foyer dont elle était loin et qu’elle n’oubliait pas une minute.

Mais André était distrait en lui répondant. Elle lui apparaissait différente d’elle-même, du moins de ce qu’il l’avait connue jusqu’à ce jour. Comme jadis, elle se montrait franche, spontanée, si amicale que, par instants, il pouvait se faire l’illusion de n’être plus un indifférent pour elle ! Mais combien le luxe qui l’entourait semblait son véritable cadre ! Vainement, il essayait de se la représenter dans la modeste petite maison de Mlle Sylvie…

La portière du salon se souleva et lady Graham parut, toute prête à partir.

André s’était levé. Il s’inclina devant elle, dans un salut dont l’élégante correction frappa Suzy. Comment autrefois avait-elle trouvé l’air gauche à André ?… Était-ce lui qui avait changé ou elle qui l’avait mal jugé ?

— Monsieur, dit lady Graham, je suis désolée de vous enlever une jeune fille qui éprouve tant de joie à vous entendre parler de chez elle. Mais l’heure du train nous réclame impitoyablement, et c’est une de ces puissances auxquelles on ne résiste pas… Seulement, si vous vouliez bien m’aider, nous pourrions peut-être trouver un moyen de remédier à ce contretemps. J’ai, ce soir, quelques amis qui viennent achever chez moi le carnaval, et s’il vous était possible de vous joindre à eux, je prierais Suzy d’appuyer ma demande.

Une exclamation joyeuse vint à Suzy, et elle se pencha caressante vers lady Graham :

— Chère lady Anne, vous avez toujours de délicieuses idées ! Monsieur Vilbert, vous acceptez, n’est-il pas vrai ? Je n’ai pas encore fini d’entendre vos récits sur tous ceux que j’ai laissés à Paris.

André n’avait aucune envie de repousser l’invitation qui lui permettait de passer une dernière soirée auprès de Suzy. Très simplement, avec cette aisance d’homme du monde que Suzy remarquait toute nouvelle chez lui, il remercia lady Graham.