C’était vrai, Suzy avait raison, elle ne pouvait quitter encore lady Graham. Mais André, en l’écoutant, éprouva l’impitoyable certitude que son exil ne lui pesait plus… Et il savait si bien pourquoi, que l’espoir qu’il avait obstinément gardé disparut de son âme, écrasé par l’évidence.
Un cri involontaire de reproche lui montait aux lèvres : « Oh ! Suzy, pourquoi ne m’avoir franchement avoué pour quelle raison vous me repoussiez ?… »
Mais, par un effort de toute sa volonté, il se contint. Elle avait l’air si heureuse !… Pourquoi fût-il venu la troubler, en lui parlant d’un passé dont elle ne souhaitait pas se souvenir ?
D’ailleurs, encore une fois, Georges de Flers venait se placer entre eux. Il apparaissait à l’entrée du petit salon et demandait :
— Mademoiselle Suzanne, êtes-vous ici ? Voulez-vous venir pour…
Il s’arrêta à la vue d’André. Mais celui-ci s’inclinait déjà devant Suzy, très sérieux, le front creusé par ce pli sévère que lui donnait l’émotion.
— Adieu, mademoiselle, et pardonnez-moi de vous avoir ainsi retenue, fit-il.
Avec son brillant sourire, elle répondit vivement :
— Vous pardonner… quoi ? De m’avoir fait plaisir !… J’ai été bien contente de vous voir !… Merci d’être venu… Et adieu !
— Adieu, répéta-t-il.