Du premier coup, Suzy était conquise. Elle dit pourtant, hésitante :
— Je ne pense pas que lady Anne puisse venir, car elle a une violente migraine ce matin…
— Oh ! quel dommage ! Mais vous, tout au moins, mademoiselle Suzy, vous ne jouissez d’aucune migraine, ce me semble ?
— Oh ! non, et j’ai toute ma liberté !… Si vous voulez bien vous contenter de moi seule… D’ailleurs, je vais aller demander à lady Graham ce qu’elle décide pour elle-même.
— C’est cela !… Courez vite mettre votre chapeau. Que vous êtes gentille de vous être ainsi trouvée sur mon passage ! La promenade sera bien plus charmante faite de la sorte !
Cinq minutes plus tard, Suzanne reparaissait, fraîche comme une matinée d’avril, apportant les regrets et les compliments de lady Graham, et elle prenait place dans la voiture, à laquelle Georges et M. de Pruynes faisaient une garde d’honneur.
— Quelle charmante surprise de vous voir ! mademoiselle Suzanne, fit Georges, retenant sa monture à côté de Suzy. Nous n’espérions pas votre présence durant notre promenade, ce matin !
— Mme de Pruynes m’a enlevée, répliqua-t-elle gaiement.
— Et vous me le pardonnez bien, interrompit la jeune femme avec malice. Si pourtant vous m’en voulez trop, je prierai M. de Flers de plaider ma cause, car c’est aussi la sienne… Il est certains visages que les peintres aiment toujours à voir !
Suzy se détourna avec une fugitive rougeur.