— Comme vous vous moquez de moi, madame, fit-elle, moitié rieuse, moitié confuse.

Mais la jeune femme avait raison. Suzy lui pardonnait fort bien l’enlèvement commis ; même plus, au fond du cœur, elle l’en remerciait un peu !

A peine s’aperçut-elle du chemin parcouru pour arriver jusqu’au Cannet. La conversation, dans la voiture, était joyeuse ; les cavaliers s’y mêlaient et, volontiers, Georges continuait à maintenir son cheval auprès de Suzy, de façon à pouvoir provoquer ses vives répliques, d’un tour malicieux et prime-sautier, jouissant des notes cristallines de son rire comme d’une harmonie délicieuse.

— Qu’est-ce donc que ce bruit de cloches ? interrompit tout à coup Mme de Pruynes. Écoutez !

Ils étaient tout proche maintenant du Cannet, dont les premières maisons montraient déjà leurs toitures de tuiles. Une sonnerie de cloches, en effet, emplissait l’air, ainsi qu’un appel éperdu.

Mme de Pruynes pressa son attelage. Les cavaliers le devançaient. En quelques minutes, ils eurent atteint le village.

— Eh ! parbleu, fit M. de Pruynes, c’est une façon de cloche au feu que nous entendons… Tenez, voyez, tout le monde court !… Ce doit être par là !… De Flers, venez-vous ?… Allons voir…

Il avait déjà sauté à bas de son cheval. Georges l’imita, confiant sa monture au valet de pied qui avait quitté sa place derrière la voiture.

— Raymond, ne vous exposez pas surtout, cria Mme de Pruynes, comme les deux hommes s’éloignaient. Et venez vite me raconter ce qui se passe…

Elle était partagée entre sa curiosité et son horreur de la foule.