— Oh ! chère madame, si nous allions nous en rendre compte par nous-mêmes ? demanda Suzy, que sa jeunesse aventureuse entraînait.
Mme de Pruynes ne résista pas. Demi-craintive, demi-audacieuse, elle descendit de voiture ; et, Suzy à ses côtés, s’engagea dans le chemin qu’avaient suivi M. de Pruynes et son compagnon.
La cloche sonnait toujours follement. Des gens couraient affairés, portant des seaux ruisselants dont l’eau s’éparpillait un peu sur leur passage. Une odeur suffocante emplissait l’air. Par delà un petit jardin, planté d’orangers, dans une grande lueur à reflets fauves, s’élevait une haute colonne de fumée, semée de brindilles de paille qui retombaient en pluie noire sur le chemin.
Mme de Pruynes interrogea deux filles qui passaient, toutes pâles d’émotion.
— Qu’y a-t-il ?… Un incendie ?
— Eh ! madame, c’est le bûcher des Peyrac qui a pris feu !… Et tous les hommes disent que ça va gagner la maison !
Mme de Pruynes serra nerveusement le bras de Suzy.
— Mon Dieu ! que j’ai peur !… murmura-t-elle, sans même savoir ce qu’elle disait.
Mais elle n’en continua pas moins d’avancer, entraînant Suzy frémissante.
Encore quelques pas, puis le sentier tourna, et, brusquement, les deux jeunes femmes se trouvèrent dans la foule qui entourait la maison menacée.