Le bûcher brûlait avec une clarté ardente qui heurtait brutalement le bleu du ciel. Les flammes, toujours plus hautes, montaient, balancées par l’air tiède, allant frôler les orangers du jardin, qui, peu à peu, devenaient noirs et se tordaient en crépitant sous la chaleur du brasier.

Et tout autour, c’était un désordre d’hommes et de femmes qui s’empressaient avec des imprécations sourdes, des cris d’épouvante à chaque jet plus vif des flammes, des exclamations désespérées parce que l’eau manquait.

Au loin, la cloche sonnait toujours. Le curé tout le premier, sa soutane retroussée, se mêlait aux hommes qui luttaient pour essayer de préserver la maison, une pauvre petite maison, basse sous sa couverture de tuiles, enserrée dans un étroit jardinet que tous piétinaient en ce moment.

C’est que, à côté du bûcher, il y avait justement, ce jour-là, un amoncellement de branchages résineux disposés en fagots, et, avec une hâte folle, leur propriétaire et les hommes de bonne volonté les enlevaient.

Tous s’y étaient mis, même Georges de Flers et le comte de Pruynes, qui travaillaient, entraînés par l’élan général, comme s’ils fussent venus au Cannet dans ce but.

M. de Pruynes, passant avec un chargement de rameaux, aperçut sa femme et lui lança un coup d’œil stupéfait, la voyant mêlée à la foule.

— Mon Dieu, ma chère, que faites-vous ici, dans cette cohue ? Mettez-vous donc à l’abri… ou mieux encore, allez-vous-en vite !… Singulière promenade que la nôtre, ce matin !

— Raymond, ne vous inquiétez pas de moi !… Je veux rester ici… Je mourrais de frayeur si je ne vous suivais pas des yeux !

Une femme qui avait entendu le dialogue intervint timidement, — l’élégante Mme de Pruynes lui semblant fort imposante :

— Si madame consentait à entrer dans mon petit jardin, elle pourrait voir son mari et ne serait pas dérangée…