— Je veux bien, je veux bien ! fit hâtivement la jeune femme, heurtée et coudoyée par les travailleurs. Mademoiselle Suzanne, venez-vous ?
Suzy ne répondit pas ; elle n’avait même pas entendu. Elle restait au milieu des femmes éplorées, suivant la scène avec une pitié profonde dans l’âme, un désir de faire quelque chose, de se rendre utile… Sans cesse, ses yeux suivaient Georges de Flers qui dirigeait les secours, et elle était fière de lui, fière de le voir unir ses efforts à ceux de ces humbles travailleurs, payant de sa personne comme le dernier d’entre eux.
— Oh ! cher monsieur de Flers, pensait-elle, que je suis contente que vous puissiez venir en aide à ces malheureux !… C’est bien !… C’est bien !… Mon Dieu !
Ce cri lui était échappé en voyant Georges avancer pour tenter d’abattre, d’un coup de hache, un oranger qui s’embrasait au seuil de la petite maison.
Vraiment, placé dans un autre milieu, Georges de Flers eût pu être quelqu’un ! En cet instant, il s’exposait avec la même aisance qu’il eût conduit un cotillon… Mais, alors même, il restait comme toujours, avant tout, le dilettante, curieux d’une impression neuve, trouvant intérêt à en épuiser la puissance…
Des voix criaient dans la foule :
— On ne préservera pas la maison !… Voyez, les flammes commencent à l’atteindre !… Quel malheur !
— Vite, il faut sauver ce qui s’y trouve !… Vite ! vite ! le temps presse !
Alors ce fut une poussée générale vers la pauvre demeure. Par la porte, par les fenêtres on sortait les meubles, le linge, les vêtements. Et tous les objets, pêle-mêle, dans un désordre triste, venaient s’empiler sur le sol, étrangement laids et misérables sous l’éblouissante lumière du soleil qui emplissait le ciel pur.
Suzy, d’abord, était restée à l’écart. Puis, soudain, honteuse de son inaction, elle suivit l’exemple de ces humbles qui se secouraient les uns les autres ; et, elle aussi, fiévreusement, prit sa part dans le sauvetage.