Comme elle revenait en courant, chargée d’une horloge noire de fumée et d’un petit berceau dépouillé de sa literie, une voix lui dit :

— Oh ! madame, merci !… Vous êtes bien bonne d’aider ainsi… Je viens d’être très malade ! Je ne puis pas marcher, ni aider, moi !

Suzy regarda qui lui parlait. Elle vit une petite femme, maigre et brune, au visage pâli par l’épouvante, qui serrait contre elle un enfant de quelques semaines, et en retenait deux autres à ses côtés.

La femme poursuivait d’une voix haletante, ses yeux fixes arrêtés sur la demeure que de longues flammes léchaient déjà :

— C’est notre maison !… Nous l’avons fait bâtir, il y aura un an, vienne la Saint-Laurent !… Et je ne puis pas marcher, voir si rien n’a été oublié des choses qu’il faut absolument sauver ! Mon Dieu, quel malheur ! quel malheur !…

Ses mains se crispaient d’angoisse, tandis qu’elle continuait à bercer l’enfant chétif qui pleurait dans ses bras.

— Ne vous tourmentez pas, dit Suzy, remplie de compassion. Je vais chercher moi-même…

Vive et souple, elle se glissait dans la foule qui faisait la chaîne et parvint encore une fois dans la salle basse où la chaleur était intense. Elle rassembla quelques menus objets, les enferma dans les plis de sa jupe blanche et ressortait haletante quand un cri arriva jusqu’à elle :

— L’enfant ! l’aîné des enfants est rentré dans la maison ! La fumée va l’étouffer !

Suzy ne réfléchit pas. Elle laissa tomber à terre les objets qu’elle tenait, et se précipita dans la pièce qu’elle venait de quitter, tandis qu’une clameur montait :