Elle allait déjà à la rencontre des voyageurs, tout heureuse, tandis que Suzy demeurait un peu en arrière, le cœur battant, les yeux fixés sur le wagon. Une main masculine venait d’en ouvrir la portière.
Elle en vit d’abord descendre un homme d’une soixantaine d’années, le visage très brun sous une barbe grisonnante, l’allure distinguée. Puis Georges sauta à terre et tendit la main à une jeune fille, dont la silhouette se détachait sur l’ombre du Wagon.
Oui, tous avaient raison : Gladys était très belle ! Ses cheveux fauves comme ceux de sa sœur avaient des reflets de cuivre rouge, autour du visage d’une blancheur laiteuse, où les yeux bleu-vert s’ouvraient larges, à l’ombre des cils.
Elle avait un air calme et majestueux de statue. Mais la statue pouvait s’animer, et en cette minute où elle s’appuyait sur le bras de Georges, ses lèvres s’éclairaient d’un vrai sourire de femme.
Et lui, avec quel soin il l’aidait à descendre de wagon !
Une sensation indéfinissable qui ressemblait à une angoisse traversa le cœur de Suzy. Elle frissonna, secouée d’un désir irraisonné de s’enfuir, de ne plus voir ni Gladys, ni Georges, de se retrouver à Paris, blottie contre sa mère dont la tendresse l’envelopperait.
Désir fou d’enfant !… Est-ce qu’elle pouvait partir ? Voici que lady Graham l’appelait :
— Suzy, que faites-vous ainsi, à l’écart ?… Venez vite que je vous présente mon père et Gladys. Ils m’ont tant de fois entendue parler de ma fidèle petite amie.
Et Suzy vit sa main menue emprisonnée dans celle de Gladys, tandis que M. Tuffton lui adressait un cordial salut. A peine, elle le remarqua.
Une impatience la bouleversait de recevoir le bonjour de Georges…