— Darling, vous savez que Gladys a désiré clore le cours de ses pérégrinations par le voyage d’Italie. Eh bien, elle et mon père ont, paraît-il, rencontré M. de Flers à Florence, et ensemble, ils vont aller visiter la région des lacs, pour revenir ensuite à Cannes.

— M. de Flers aussi ?

La question lui était échappée avant qu’elle eût eu le temps de réfléchir. Lady Graham, distraite par la pensée de sa sœur, ne remarqua rien de cette vivacité.

— Oh ! oui, je le suppose, d’après ce que m’écrit Gladys. Elle paraît, d’ailleurs, enchantée de son nouveau compagnon de voyage.

Suzy n’entendit pas les derniers mots de lady Graham. Elle songeait que Georges allait revenir, qu’elle apprendrait… Quoi ?… Suzy n’eût pas pu le dire. Tout était confus, comme inachevé, dans son esprit ; mais une impression de joie inattendue lui rendait délicieuse cette confusion même.

Seulement, elle eût mieux aimé que Georges revînt seul ! Gladys l’effrayait un peu, car elle se rappelait combien on vantait sa beauté. Enfin elle allait la connaître, après avoir si souvent entendu prononcer son nom depuis le jour où, au Castel, il avait été dit devant elle. De ce jour-là, aussi, Georges de Flers n’avait plus été un étranger pour Suzy !

— J’ai une dépêche de mon père ! dit, huit jours plus tard, lady Graham à Suzy. Il arrive décidément aujourd’hui avec Gladys et M. de Flers. Voulez-vous, darling, m’accompagner au-devant d’eux ?

— Si je ne vous dérange vraiment pas, lady Anne, ce sera avec beaucoup de plaisir !…

Oh ! oui, beaucoup ! en vérité. Et il n’y avait certes pas dans tout Cannes, une jeune fille plus souriante que Suzy lorsqu’elle descendit de voiture devant la gare.

— Enfin, voici le train ! s’écria lady Graham qui arpentait d’un pas impatient la salle d’attente. Venez, Suzy ; dans ce wagon, il me semble avoir aperçu Gladys. Venez…