D’ailleurs, depuis l’arrivée de Gladys, son intimité avec lady Graham n’était plus la même. Les deux sœurs, heureuses de se trouver réunies, étaient toujours ensemble ; et Suzy, discrète, évitait de se mettre en tiers dans leurs causeries quand lady Graham ne songeait pas à la retenir. La présence de Gladys lui rappelait brusquement qu’après tout, elle était seulement une étrangère dans la maison, en dépit du cordial accueil qu’elle y avait reçu.
Et son pauvre cœur, toujours avide d’affection, en souffrait malgré les sages conseils de sa raison, — parce qu’elle se heurtait en même temps à l’étrange attitude de Georges de Flers.
— Que lui ai-je fait ?… Qu’a-t-il contre moi ?…
Cette question, que chaque incident ramenait sur ses lèvres, y flottait encore tandis qu’elle s’habillait pour la soirée musicale de la comtesse de Pruynes.
Comme d’ordinaire, ce fut Georges qu’elle aperçut l’un des premiers en pénétrant dans les salons déjà pleins de monde, car à la vue de lady Graham, il s’avança avec empressement, prêt à lui frayer passage au milieu des nombreux invités.
Mais, déjà, M. de Pruynes lui avait offert son bras et la guidait vers les premiers rangs du public élégant qui écoutait le concert.
— Mademoiselle, veuillez me permettre de vous conduire à la place que vous choisissez, dit à Suzy l’un des jeunes gens massés à l’entrée du salon.
Elle eut une imperceptible hésitation, espérant que Georges interviendrait, réclamerait ce soin dont elle l’avait vu si souvent implorer le privilège…
Mais non, il n’y songeait pas. La main gantée de Gladys s’appuyait sur son bras ; et il écoutait, en souriant, les mots qu’elle lui disait du bout de ses belles lèvres admirablement modelées.
Une seconde, Suzy ferma les yeux. Puis, soutenue par son instinct de femme du monde, elle dit, s’efforçant de sourire :