Les yeux de lady Graham s’arrêtèrent avec affection sur le visage de Suzy.

— Je serai désolée de perdre ma chère petite compagne ; mais il y aurait vraiment trop d’égoïsme de ma part à insister pour la garder quand elle est désirée ailleurs… Ainsi, darling, nous n’avons plus que quelques jours à passer ensemble ?… Il faut que je jouisse de vous le plus possible, alors !…

Suzy répondit par un sourire de reconnaissance à lady Graham. Mais elle n’osait parler, car elle avait peur que se voix ne trahît la joie folle qui l’envahissait à l’idée de partir ; et elle fut heureuse quand Germaine l’entraîna sur la terrasse, sous prétexte d’admirer un massif de roses, en réalité, afin de l’interroger sur son séjour à Cannes.

— Voyons, Suzy, qu’es-tu devenue tout l’hiver ?… As-tu eu beaucoup de succès ?… M. de Flers est-il toujours au premier rang dans la phalange de tes admirateurs ?

Un geste d’impatience douloureuse échappa à Suzy. Pourquoi Germaine réveillait-elle le souvenir un instant endormi ?

— Je t’en prie, Germaine, ne parle pas ainsi. M. de Flers ne s’occupe pas plus de moi que je ne m’occupe de lui !

— Ah ! vous êtes brouillés ?… Comme c’est drôle !… Tu n’es pas reconnaissante, Suzy, car enfin il a fait de toi un ravissant portrait qui m’avait amenée à supposer que… Ne te fâche pas, je me suis trompée. Je me tais, je me tais, répéta-t-elle, voyant une ombre sévère passer sur le visage de Suzy.

Et elle reprit bien vite :

— Enfin, avoue que tu ne t’es pas ennuyée comme tu le redoutais ; et reconnais combien, en dépit de tes craintes, tout s’est bien arrangé pour ton père… grâce, il est vrai, à M. Vilbert.

— A M. Vilbert ? répéta Suzy ; mais que ce nom lui paraissait difficile à prononcer !