— Oh ! certes, M. Vilbert ira loin, surtout si son mariage se fait.

— Quoi ? quel mariage ? interrompit Suzy, dont le cœur se mit soudain à battre très fort.

— Ah ! ceci est un secret que j’ai découvert ! répliqua Germaine avec un air de triomphe… Eh bien ! il paraît que M. Vilbert a tout à fait ébloui la fille de M. de Guillancourt, autrement dit, Mlle Anna de Guillancourt, qui, après de nombreuses réticences, a déclaré qu’elle ne pouvait être heureuse en ce monde que si on lui donnait André Vilbert pour époux !… Et son père, sans enthousiasme, mais sans trop de résistance, car il était tout pénétré des mérites de son homme d’affaires, a dû entamer des négociations diplomatiques, par l’intermédiaire de la famille amiénoise d’André Vilbert, et…

— Et M. Vilbert a accepté ? dit Suzy devenue si blanche qu’une autre que Germaine l’eût aussitôt remarqué.

Jamais elle n’aurait pensé ressentir un tel serrement de cœur à l’idée qu’entre elle et André, tout lien était à jamais rompu.

— Mais au contraire, il fait toutes sortes de cérémonies ! Sans la crainte de désobliger sa famille, qui insiste beaucoup auprès de lui, — à l’exception de sa mère, pourtant, paraît-il, — il aurait été capable, je suis sûre, de répondre « non » tout de suite !… Il prétend ne pouvoir songer encore à se marier !… Ne me demande pas pourquoi ! M. Vilbert ne fait pas de confidences. C’est indirectement, par une suite de remarques, de mots surpris en passant, de questions habiles et délicates, que j’ai appris toute cette aventure matrimoniale. J’aime beaucoup les histoires de mariage, moi !

— Ah ! fit Suzy dont les joues reprenaient leur éclat rose.

— Oui, c’est pourquoi je m’intéresse de tout mon cœur, en ce moment, à M. Vilbert ; certes, ce serait une folie de sa part de ne pas se décider !… Jamais il ne trouvera un aussi beau parti !… On dit, d’ailleurs, que cette Mlle de Guillancourt est une très bonne petite jeune fille, un peu rustique ; mais si M. Vilbert veut me la confier, je me charge de la débrouiller et de la transformer en Parisienne !

— Tu t’y entendrais très bien ! réplique Suzy en riant de son rire joyeux d’autrefois.

Un allégement subit se faisait dans sa pauvre âme oppressée. Et quand elle rentra, quelques instants plus tard, dans le salon, en compagnie de Germaine, pour la première fois depuis plusieurs semaines, la vie ne lui paraissait plus aussi triste.