Seulement cet éclair de joie fut bien fugitif. Le soir, devant sa fenêtre large ouverte sur la nuit, elle se rappela les paroles de Germaine et son confus espoir s’évanouit.

Elle s’était sentie heureuse tout à coup en apprenant qu’André n’avait pas accepté d’épouser Mlle de Guillancourt… Pourquoi ?… Entre eux, tout n’était-il pas fini, comme elle l’avait voulu ?

Sans doute, c’était par une dernière délicatesse qu’il refusait de prendre aucun engagement avant qu’elle fût revenue ?… N’avait-il pas insisté autrefois pour recevoir d’elle une réponse définitive, seulement après son retour de Cannes ?

Mais certes, maintenant, il devait souhaiter qu’elle ne se souvînt plus de l’imprudente promesse faite par lui de l’attendre. Elle avait tout fait pour le détacher d’elle. Il l’avait vue, à Cannes, frivole, occupée de plaisirs, indifférente à son égard, tandis qu’elle se montrait toute souriante pour Georges de Flers.

— Je ne suis pourtant pas tout à fait coupable, murmura-t-elle passionnément, avec un désir de se défendre contre sa propre rigueur. J’étais seule ici, sans personne pour me guider ; et M. de Flers se montrait bon pour moi !… Il me rappelait la maison, parce que je l’avais connu à Paris ! et André Vilbert était loin !… Je ne pouvais apprendre à le connaître !

Le souvenir de Georges, des jours passés, fit tressaillir Suzy. Mais c’était à André surtout qu’elle songeait. Ah ! c’était bien juste qu’il l’eût oubliée pour une autre, plus digne de lui.

On disait bonne, cette jeune fille qui souhaitait lui donner sa vie. Il formerait son esprit, lui apprendrait à jouir du beau comme il le faisait ; elle serait pour lui une compagne aimante et dévouée ; et, l’un par l’autre, ils seraient heureux !

— Oh ! je ne veux pas être un obstacle pour lui ; je ne veux pas qu’il se croie engagé envers moi ! dit Suzy avec un élan de tout son cœur. Il faut qu’il se sache libre !

Dans sa loyauté, Suzy n’admettait pas une seconde qu’elle eût le droit de désirer encore l’affection d’André perdue par sa faute.

— Si je n’avais pas su la vérité sur… sur M. de Flers, jamais peut-être, je n’aurais pensé à souhaiter qu’André se souvînt de moi !… Je ne puis pas aujourd’hui essayer de revenir sur le passé… Non, je ne puis pas !… Ce serait mal !… Ce serait honteux !… J’aurais peut-être l’air d’agir de la sorte parce que M. de Flers m’a… dédaignée !…