Et tandis que l’enfant songeait ainsi, les yeux perdus dans la nuit, un sourire de mépris contractait sa bouche et des larmes chaudes ruisselaient sur ses joues, emportées par l’air tiède.

Elle murmura encore :

— Quand le bonheur m’a été offert, je n’ai pas su le saisir !… Maintenant tout est fini !… J’ai compris trop tard ce qu’il valait !

Suzy n’appelait plus André « M. Vilbert ».

Trop tard ! Ces deux mots flottèrent bien souvent dans sa pensée pendant sa dernière semaine à la villa Graham. Mais elle eut peu la liberté de réfléchir, car la présence de Mme Arnay à Cannes amenait de continuelles promenades dans lesquelles sa place était toujours marquée, — comme celle de Georges de Flers, hélas !

Cependant, la veille du départ, elle laissa sortir sans elle tous les hôtes de la villa, occupée de ses préparatifs qu’elle faisait avec une hâte fiévreuse, comme si elle eût craint de se voir retenue au dernier moment.

Puis, quand ses malles furent prêtes, quand sa chambre même eut perdu tout caractère d’intimité, parce qu’elle en avait enlevé ses livres, ses fleurs, les portraits dont elle aimait à se voir entourée, elle descendit sur la terrasse où tant de fois, durant l’hiver, elle était venue s’asseoir. Et elle se prit à songer, regardant vers la mer d’un bleu de lapis, son ouvrage tombé sur ses genoux, insoucieuse des minutes qui s’écoulaient.

— … Alors lady Graham n’est pas encore rentrée ? Bien, je vais l’attendre dans le jardin, dit soudain une voix masculine, à quelques pas d’elle.

Vivement, elle se retourna, arrachée à sa rêverie. Sur le seuil de la porte-fenêtre qui amenait à la terrasse, se tenait Georges de Flers qu’un domestique venait d’introduire.

Si elle eût suivi sa première impulsion, Suzy se fût enfuie. C’était, pour elle, un supplice de se trouver avec Georges. Mais le sentiment de sa jeune dignité la retint ; Georges de Flers se fût étonné qu’elle se dérobât à sa visite.