— Oui, madame, les derniers travaux ont été fort bien menés, et j’espère voir prochainement ma tâche terminée.
— Pourtant, vous repartez encore ?
— Non plus pour le Dauphiné, en ce moment, mais pour Amiens.
— Pour Amiens ?
— Oui. J’ai obtenu quelques jours de vacances, et je vais les passer auprès de ma mère qui se plaint de mes trop fréquents voyages dans le Midi. De plus, je suis appelé à Amiens par un rendez-vous avec M. de Guillancourt, qui me charge même de lui apporter certains renseignements promis par M. Douvry.
Suzy n’entendit même pas les dernières paroles d’André. « M. de Guillancourt !… Amiens !… » Tout bas, sans ouvrir même les lèvres, elle répéta ces deux mots… Et le soleil couchant lui parut sombre tout à coup, et le muguet sans parfum…
Pourquoi ?… Tout n’arrivait-il pas ainsi qu’elle l’avait prévu… Sans doute, le mariage d’André et de Mlle de Guillancourt allait se décider pendant ce voyage à Amiens… Avait-elle donc espéré quelque chose ?… De quel droit ?… Pourquoi cette indicible angoisse qui lui pénétrait l’âme ?
Elle conservait son air de s’intéresser à la conversation qui se poursuivait près d’elle. Mais elle considérait obstinément le ciel dont le bleu se fondait en des tons d’or vert, très pâle ; et, sans doute à cause de cela, ses yeux devenaient humides, tout brillants de larmes, sous le voile des cils.
De nouveau, on sonna. Était-ce enfin son père qui rentrait ?… Alors, il allait emmener André, et elle pourrait s’enfuir dans sa chambre, toute seule, et pleurer, ne plus jouer cette comédie d’indifférence qui la faisait tant souffrir…
Mais non ; on demandait seulement M. Douvry. Il s’agissait d’une heure à fixer pour une entrevue d’affaires.