L’absence de sa mère était la seule ombre qui troublât le plaisir qu’elle éprouvait chez Mme Arnay, car elle jouissait comme une enfant de l’existence mondaine et joyeuse menée au Castel, qui contrastait avec la simplicité obligée de sa vie ordinaire.
Georges continuait :
— Y a-t-il réellement trois semaines que vous êtes arrivée ? Le temps passe si vite !… Vous resterez bien quelques jours de plus, par charité, pour m’apprendre à me montrer aussi fort que vous au tennis ?…
Elle secoua la tête. Un sourire relevait ses lèvres.
— Vous êtes en si bonne voie que tout professeur devient inutile ! dit-elle allant à la rencontre de Germaine qui arrivait, sans rancune de sa défaite. Non pas qu’elle jouît du caractère indifférent de sa sœur ; mais elle était incapable de se passionner comme Suzy ; et les distractions mondaines, seules, avaient le don de l’amuser, comme elles suffisaient au bonheur de sa nature frivole.
— Eh bien ! Suzy et Germaine, êtes-vous enfin décidées à revenir ? appela Mme de Berly, de plus en plus frileuse. Je suis littéralement gelée !
— Tout de suite, Marthe, nous voilà ! cria Germaine, fort occupée à remettre dans leur ordre les plis un peu froissés de sa jupe de tennis, tandis que Suzy allait prendre son chapeau, suspendu à un rameau des tilleuls. Elle le mit au hasard ; mais il est des hasards si heureux que Suzy, même mal coiffée, était tout uniment délicieuse, sa fine tête brune enfouie dans un immense chapeau digne d’une vignette de Kate Greenaway.
Les deux joueurs masculins revenaient aussi, armés de leurs raquettes ; et tous, vainqueurs et vaincus, se rapprochèrent de Mme de Berly, déjà debout et prête à regagner le château dont les petites tourelles apparaissaient dans une éclaircie de feuillage, savamment ménagée.
Suzanne avait glissé son bras sous celui de Germaine et toutes deux s’éloignaient, plongées dans une joyeuse causerie faite de mille riens, quand un bruit de voix, des aboiements de chiens les arrêtèrent. D’une allée venant du bois, débouchait M. Arnay en tenue de chasseur, l’air aimable d’un homme satisfait de lui-même, de l’existence en général et de sa chasse en particulier. Deux messieurs, frôlant l’âge mûr, grands financiers comme lui, l’accompagnaient et se découvrirent à la vue de Mme de Berly et des jeunes filles.
— Ici, Myrrha, Saladin, Tob ! appela M. Arnay, fort occupé à rassembler les chiens lancés dans une course effrénée à travers la pelouse.