Suzy eut un cri de joie.

— Gagné !… Nous avons gagné ! répétait-elle enchantée.

Un petit souffle haletant entr’ouvrait ses lèvres et elle porta ses deux mains fraîches vers ses joues brûlantes où le sang empourprait la blancheur de la peau.

— Vous êtes contente de moi ? demanda Georges de Flers le regard attaché sur ce jeune visage. Alors je suis amplement récompensé de mes efforts d’adresse.

Une expression de malice glissa dans les yeux de Suzy.

— Oui, je suis très satisfaite. Vraiment, vous êtes en passe de devenir un joueur distingué. Aussi vous accepterai-je toujours dans mon camp, désormais… du moins jusqu’à mon départ ! corrigea-t-elle, tandis qu’un léger soupir de regret soulignait sa phrase.

— Réellement vous partez ? Et dans deux ou trois jours, comme vous le disiez hier à dîner ?

Elle inclina la tête d’un air raisonnable, flattée au fond du cœur du ton d’intérêt de Georges de Flers qui était une célébrité dans la sphère très élégante et très parisienne où il se mouvait. Chez Suzanne, c’était un besoin instinctif de se sentir recherchée ou aimée ; de là venait sa coquetterie inconsciente et naïve.

— Oui, je partirai lundi prochain. Voilà trois semaines que je suis ici ! Il faut bien que j’aille retrouver mon home… Tous m’attendent !… Maman, surtout !

Sa voix avait pris une intonation caressante quand elle avait dit ce mot « maman » qui, sur ses lèvres, semblait tout vibrant de tendresse.