— Nous allons gagner ! jeta Suzanne rayonnante à son partner, Georges de Flers, un beau garçon de vingt-huit à trente ans, mince et blond, d’une extrême distinction dans son costume de laine blanche.

— Mais je l’espère bien !… Quand nous sommes alliés, je me sens capable d’accomplir des merveilles, fit-il en souriant, les yeux attachés sur la balle qui lui arrivait après avoir décrit un arc savant sur le bleu du ciel.

— Avantage pour nous ! s’écria Suzanne dont les yeux bruns étincelaient de plaisir.

Mais soudain, un heureux coup releva la situation de l’autre camp où se défendait vaillamment la sœur de Mme de Berly, Germaine Arnay, en compagnie de son beau-frère, joueur semi-adroit, qui s’adonnait au lawn-tennis par mesure hygiénique, estimant que cet exercice… mouvementé est un préservatif contre l’embonpoint.

Alors la partie se poursuivit, chaudement disputée, car Suzanne était une terrible adversaire pour sa cousine Germaine.

Afin d’être plus libre, elle avait jeté loin d’elle son grand chapeau de paille. Le vent ébouriffait de petites mèches vagabondes autour de son visage d’une fraîcheur éclatante, où l’animation du jeu mettait une flamme plus chaude ; et insensiblement, la rapidité de son allure desserrait l’épaisse torsade de ses cheveux bruns, ondés et souples, qu’elle portait relevés très haut, dégageant la nuque.

Sa main nerveuse tenait très ferme la raquette qu’elle abaissait et relevait, la taille soudain cambrée en arrière. Et de tout son être se dégageait une intense impression de jeune vie, tandis qu’elle courait de côté et d’autre, entraînée par les évolutions de la balle, une légère contraction aux lèvres quand le succès se faisait douteux, de la gaieté plein le regard lorsqu’elle réussissait.

— Avantage partout ! cria Germaine. Suzy, Suzy, prends garde à toi !… Nous allons te battre !…

— Monsieur de Flers, c’est à vous le dernier coup !… Appliquez-vous, je vous en supplie… Il faut absolument que nous gagnions !…, riposta Suzanne qui suivait avec un intérêt ardent le jeu de son partner.

Une dernière fois, la balle partit, rebondit deux ou trois fois de l’un à l’autre joueur, au milieu d’exclamations anxieuses ou triomphantes et soudain alla rouler aux pieds de Germaine dont la raquette l’avait seulement frôlée.