— Je vous remercie et je vous demanderai alors de vouloir bien me passer cette tasse de thé… Puisque toutes les missions sont à votre hauteur ! finit-elle malicieusement, revenue au ton qu’elle avait avec lui au Castel.

Déshabituée de l’entendre, elle éprouvait une surprise charmée à le voir s’adresser à elle sur ce ton de respectueuse prière dont elle jouissait, surtout après la blessure d’amour-propre éprouvée chez Mme de Vricourt.

Le plaisir du moment présent lui faisait, un instant, oublier ses soucis, le pourquoi elle s’était rendue chez sa tante ; le même espoir inconscient qui s’était emparé d’elle une heure plus tôt, quand elle avait rencontré Georges, se réveillait, joyeux et vivace.

Il lui avait apporté la tasse demandée et se tenait debout auprès d’elle, attentif à la servir comme une jeune reine. Personne dans le salon n’avait l’idée de s’en étonner, tant cette manière d’agir était habituelle à Georges de Flers.

— Ne restez pas ainsi à me regarder, fit-elle gaiement. Vous m’intimidez et vous allez être cause que je renverserai mon thé ou que je me brûlerai !… enfin que je commettrai quelque malheur de ce genre !

— Vraiment ? Je pourrais amener de pareilles catastrophes ? Alors, voulez-vous me permettre de m’asseoir ici, près de vous, afin de les éviter ?

Sans attendre de réponse, Georges prit la chaise voisine de celle de Suzy.

Réellement, c’était pour lui un plaisir de la revoir, car il la trouvait une petite personne fort séduisante. D’instinct, il se montrait empressé auprès d’elle, parce qu’il éprouvait une jouissance de dilettante à rencontrer son beau sourire jeune, à voir s’allumer, quand il lui parlait, l’éclat de ses prunelles brunes.

Pour l’entendre réveiller, de sa manière vive, les souvenirs de leur commun séjour au Castel, il se désintéressait de la conversation générale.

— En vous écoutant causer, je vous retrouve, dit-il, soudain, avec un sourire. Mais tantôt, rue de Prony, vous paraissiez une tout autre personne, une personne très imposante !