— Oh ! si, mais il me semble très… pénible de penser que vous aurez cette peine.

Suzy était toujours apparue à Georges de Flers dans un cadre élégant qui semblait si naturellement le sien qu’il n’avait jamais songé qu’elle pût s’en trouver privée. Et les paroles de la jeune fille détonnaient dans son esprit qu’elles impressionnaient d’une façon désagréable.

L’idée de voir cette exquise petite Suzy astreinte à un travail mercenaire, utilisant de la sorte son admirable talent de musicienne, lui était, comme il venait de le dire, très pénible, — pénible, pour elle !… et aussi, pour lui, car son goût esthétique s’en trouvait choqué.

Il ressentait la même sensation que s’il eût vu profaner une œuvre d’art, si une main brutale eût tout à coup enlevé à Suzy la poésie de sa jeunesse ; et, sans s’en rendre compte, il jeta un regard anxieux sur elle comme si la révélation qu’elle venait de lui faire eût dû la lui montrer différente.

Distraite, sa tasse à la main, elle portait à ses lèvres la petite cuiller de vermeil qui entr’ouvrait la ligne nacrée de ses dents. Et le visage semblait tout éclairé par le regard de ses yeux bruns, larges ouverts.

Elle était délicieusement jolie, comme toujours. Georges pensa qu’il ne lui demandait pas plus, et il se prit à la contempler, tandis que, souriante, elle écoutait Germaine, plongée dans le récit d’une anecdote très parisienne.

Tout à coup, la conteuse s’interrompit devant l’entrée d’une nouvelle visiteuse.

— Ah ! lady Graham !

Un frisson secoua Suzy de la tête aux pieds. Le charme était rompu, les visions heureuses dispersées ; et sa main tremblait quand elle reposa sur la table, sa tasse à moitié vide.

Georges de Flers ne l’avait pas vue, car il s’était levé pour saluer lady Graham. Mais, comme il se tournait vers elle, il vit l’expression de son visage si changée qu’il demanda vivement :