— Qu’avez-vous ? Êtes-vous souffrante ?

— Non, non, je n’ai rien !

Elle éprouvait presque de l’impatience à l’entendre lui parler. Elle eût voulu s’absorber toute dans la contemplation de cette lady Graham qui arrivait ainsi, juste au moment où elle occupait sa pensée.

La jeune femme était grande, merveilleusement habillée, la taille superbe ; des cheveux d’un blond fauve autour d’un visage sans réelle beauté, dont les yeux avaient une extrême vivacité et la bouche, un peu grande, un sourire très bon.

Après quelques shake-hands donnés d’un geste précis, elle avait pris place auprès de Mme Arnay et causait dans un français fort correct auquel son petit accent étranger donnait une saveur exotique. De toutes ses paroles, comme de ses manières, se dégageait une singulière franchise, une absence totale de coquetterie ou de prétention personnelle.

— Germaine, appela Mme Arnay, offre, je te prie, un peu de vin de Syracuse à lady Graham… Très chère amie, vous ne pouvez refuser, c’est un rien !

Mais Germaine n’était pas là, occupée dans le petit salon à échanger mille adieux tendres avec une de ses amies de cœur.

Suzy hésita une seconde, puis, entraînée par une irrésistible impulsion, elle se leva, posa, sur un plateau, un petit gobelet d’argent rempli du vin délicat et alla le présenter à la jeune femme. Son cœur battait très fort, comme jadis chez Mme de Vricourt.

— Ah ! merci, Suzanne, fit Mme Arnay avec son charmant sourire des jours de réception.

Lady Graham avait levé les yeux vers Suzy, et son regard demeura attaché sur le visage de la jeune fille.