Elle allait répondre, quand Germaine, édifiée sur le mérite des faisans, se lança à la traverse.
— Suzy, viens-tu ? Nous n’avons guère que le temps de nous habiller pour le dîner.
— Crois-tu ? répliqua Suzanne d’un air de doute.
Elle aurait autant aimé regagner le Castel en même temps que les autres promeneurs. Causer avec Georges l’amusait…
Mais Germaine insista et, comme le désir de Suzy lui paraissait difficile à exprimer, elle dut suivre sa cousine. Ce fut sans beaucoup d’enthousiasme.
Les rapports des deux jeunes filles avaient, d’ailleurs, toute la cordialité désirable. Suzy donnait beaucoup, et Germaine s’accommodait fort bien de recevoir ; ce qu’elle faisait, il est vrai, avec l’amabilité qui était chez elle un don naturel.
Tout d’abord, elle avait été un peu surprise et médiocrement charmée de voir combien Suzy attirait l’attention de ce beau Georges de Flers, dont les femmes du monde les plus séduisantes appréciaient fort les hommages. Mais sa nature assez indolente, plutôt bonne, toute de surface, la rendait aussi incapable de jalousie que d’affection véritable.
De plus, en sa qualité de jeune fille très moderne, élevée dans un milieu où la fortune était érigée en divinité, elle n’ignorait pas qu’entre une jolie fille pauvre et une riche héritière — fût-elle même sans beauté, et ce n’était pas son cas ! — aucune rivalité ne pouvait s’établir aux yeux des jeunes gens de son monde, y compris sans doute Georges de Flers.
Alors elle avait pensé que Georges, qui peignait avec un remarquable talent d’amateur, admirait Suzy en artiste, comme un joli modèle…
Et vraiment, il était bien heureux que la pauvre Suzy, sans aucune dot, puisque son père s’était ruiné, eût au moins pour elle son charmant visage !