… Les deux jeunes filles avaient regagné leurs chambres. Bien vite, Germaine se plongea dans les préparatifs de sa toilette du soir : car toute toilette prenait, à ses yeux, la proportion d’une grave affaire.

Suzy, elle, se mit à griffonner une épître à sa mère, toute pleine de mots tendres où elle mettait son cœur aimant, de récits faits avec une drôlerie malicieuse. Et elle était si bien absorbée par sa correspondance, qu’elle tressaillit en entendant Germaine lui crier de la pièce voisine :

— Suzy, es-tu prête ?… Le premier coup de cloche va sonner !

— Non, pas encore ! Mais je ne serai pas longue à me préparer ! fit-elle, enfermant vite sa lettre inachevée dans les profondeurs de son buvard.

En effet, un quart d’heure plus tard, Suzanne était habillée et, debout devant la glace, jetait un dernier regard d’inspection sur sa robe gris pâle, très simple, mais qui drapait sa jolie taille de jeune fille, souple et mince.

Et comme Suzy n’avait aucune raison pour se juger avec une excessive rigueur, elle eut un léger sourire d’approbation en contemplant l’image réfléchie par le miroir.

En réalité, elle attachait bien peu d’importance à son joli visage ; mais enfin, puisque la nature le lui avait donné, elle ne s’en trouvait pas autrement fâchée ; et il ne lui déplaisait pas outre mesure que les autres s’aperçussent qu’elle était fort… passable !

Quand Suzy et Germaine entrèrent dans le salon, Mme Arnay s’y trouvait déjà et parlait avec animation à Marthe de Berly qui paraissait presque un peu sortie de son calme coutumier.

— Ah ! Germaine, fit Mme Arnay, en voyant apparaître sa fille, tu me trouves bien embarrassée. Le courrier de ce soir m’apporte une lettre de lady Graham…

— Elle n’arrive plus après-demain ?