Peut-être même rirait-elle de sa demande, de ce joli rire moqueur dont les notes fraîches vibraient déjà à son oreille… Et le cœur d’André se serra à cette pensée.
Lui faire parler par Mme Douvry qu’il prierait de plaider sa cause ?… Mais alors, si Suzanne refusait, après cette malheureuse démarche, ne se trouverait-il pas entièrement privé de la voir ?
Et d’ailleurs, elle paraissait accepter sans trop de chagrin la perspective de s’éloigner. Il l’avait vue très gaie quand elle racontait les menus faits de sa journée avec lady Graham qui l’accueillait comme une amie.
Là-bas, à Cannes, elle allait vivre dans un milieu où sa nature élégante s’épanouirait naturellement, car d’instinct, elle aimait le luxe. Elle y serait entourée, recherchée ; elle aurait enfin sa part des distractions mondaines qu’en vraie jeune fille, elle désirait connaître un peu.
André, lui, n’avait à offrir qu’un avenir incertain et une affection qu’elle ne partageait pas !… Quel égoïsme de vouloir la retenir !
Ah ! certes mieux valait se taire, être patient, vivre tout l’hiver encore, l’espoir devant lui, se donner entier tout à l’art afin de pouvoir offrir à Suzy un nom qu’elle fût fière, un jour, de porter.
Puis, quand elle reviendrait, au printemps, il tenterait de se faire aimer d’elle, de lui faire comprendre combien elle lui était chère, et peut-être finirait-elle par se laisser toucher…
Une à une, les heures de la nuit s’égrenèrent, tandis qu’André luttait contre l’impitoyable raison qui lui commandait le silence. Mais quand, le lendemain, il reprit son travail, le sacrifice était fait : il s’était résigné à ne rien dire encore à Suzy.
Seulement, il ne put résister à la tentation de jouir des derniers moments où elle était là…
Et, aussitôt qu’il le put et l’osa, il reprit la route tant de fois parcourue pour se rendre chez Mme Douvry.