selon le mot du poète.

Toujours doutant de lui-même, il n’avait jamais osé rien espérer, comprenant tout ce qui lui manquait pour plaire à cette joyeuse petite fille qui regardait la vie avec des yeux curieux et un désir avide d’en connaître la saveur.

Mais voici qu’elle allait s’éloigner ! Et un désir jaillissait de l’âme d’André : demander à Suzy d’être sa femme !

Rien qu’à cette pensée, un frémissement ébranlait tout son être. L’avoir à lui seul !… Savoir qu’aucune puissance humaine ne les séparerait, que dans le bonheur comme dans l’épreuve, ils seraient l’un près de l’autre. Oh ! combien il s’efforcerait de lui faire la vie douce et bénie, si elle voulait bien !… Mais voudrait-elle ?

Devant cette question, la joie d’André s’évanouit. Un instinct confus, plus puissant que tous ses désirs, lui criait qu’elle ne consentirait pas, qu’elle ne pouvait consentir !

Et c’était sa faute, à lui, qui n’avait pas su attirer vers la sienne, cette âme de jeune fille !

Jamais, il n’avait laissé voir à Suzy combien il lui était dévoué… Avec elle, plus encore qu’avec les autres, il avait été sérieux, froid même, car à ses côtés, il se sentait gauche, et, plus que personne au monde, elle l’intimidait…

Oh ! sans doute, elle se montrait toujours amicale à son égard, trop amicale ! Elle lui donnait ainsi la mesure du sentiment qu’elle portait à son « vieil ami », comme elle s’amusait à l’appeler, certains jours, parce qu’il l’avait connue quand elle était encore une enfant.

Et aujourd’hui qu’il était pour elle à peine plus qu’un étranger, il voulait lui demander toute sa vie !… Brusquement ! Au moment où elle allait partir… Dans la pensée d’André, elle se dressait en son charme… Alors, impitoyablement, il se considéra auprès d’elle, avec sa sauvagerie, son aspect sévère, ses manières brusques que l’usage du monde n’avait pas affinées.

Quelle folie d’espérer qu’elle l’écouterait !