— Guillemette, ne trouvez-vous pas le poney bien agité, aujourd’hui ?
Mademoiselle est craintive en voiture ; elle a une frayeur extrême des autos et croit aisément sa dernière heure arrivée quand un de ces monstres bruyants apparaît, fondant vers elle. Or, presque sans relâche, il en surgit sur la route qui font dresser la tête du poney, lequel alors prend des allures de coursier impétueux.
Mais Guillemette a ri de l’exclamation effrayée de Mademoiselle et riposté gaiement :
— M’selle, n’ayez crainte, comme disent les bonnes gens. Vous savez que je suis un cocher de confiance. Ce n’est pas la première fois que je vous promène.
— Oui ; mais Serpolet était tellement plus calme…
— C’est qu’il n’est pas sorti hier à cause de la tempête.
Mademoiselle incline la tête ; et pour se distraire de son instinctif émoi, elle essaie, comme le lui conseille Guillemette, de contempler le paysage vert qui s’élargit dans la vallée, baigné de soleil, coupé de belles ombres transparentes.
— Nous arrivons à la jolie descente de Danestal. Regardez de tous vos yeux, M’selle, s’écrie Guillemette, qui, elle-même, se grise d’air frais et des lumières harmonieuses, le regard charmé par la douceur des lointains, estompés sous une fine cendre bleue.
Mais, soudain, une nouvelle auto débouche d’une route transversale, formidable comme une trombe, lancée d’une allure folle, et tourne court, frôlant de si près la petite voiture que le cheval, effrayé, a un brusque écart. Puis, telle une flèche, il part, jeté d’un furieux élan dans la descente de la route.
Une pensée jaillit dans le cerveau de Guillemette.