— Mon Dieu, le voilà emballé ! Quel ennui !

Elle n’a pas peur du tout. N’était la présence de Mademoiselle qui ne dit pas un mot, mais est toute pâle, elle ne se plaindrait pas autrement de cette course imprévue qui ressemble à un vol.

Mademoiselle articule, les dents serrées :

— Oh ! Guillemette, tenez-le bien !

Ah ! oui, Guillemette le tient ferme. Mais le poney semble affolé par sa propre rapidité. Il va… Il va, dévorant la route, avec une telle fougue que, sans illusion, elle se sent à la merci de son cheval. Elle ne bronche ni ne s’épouvante. Les lèvres contractées un peu, elle serre les rênes si fort qu’une douleur crispe ses doigts et elle pense, saisie d’une sorte de colère froide :

— Il est plus fort que moi ! Pourvu que nous ne rencontrions pas un obstacle quelconque…

Et justement, comme une ironique réponse, elle entend le cri d’effroi que laisse échapper Mademoiselle :

— Oh ! regardez, Guillemette, il y a une auto en panne sur la route, au bas de la côte, au milieu !

— Oui, je vois… Ne criez pas… Ne bougez pas !

Mais Mademoiselle ne paraît pas l’entendre, et clame de toutes ses forces :