C’est là un aveu qui, pour être dépourvu d’artifice, n’a rien de désobligeant… Et Guillemette est plutôt flattée de ressembler à une héroïne. Mais comme elle est, avant tout, très femme, elle craint subitement d’être une héroïne décoiffée, — après une pareille course ! Et d’instinct, aussitôt, elle glisse ses doigts sur sa nuque, pour lisser l’ondulation des cheveux ; cependant qu’elle répond :
— J’ai l’habitude de conduire. Mais jamais encore je ne m’étais trouvée aux prises avec un cheval emporté… C’est plus dur à maintenir que je ne le supposais… Enfin, grâce à votre chauffeur, monsieur, nous en sommes quittes pour quelques minutes d’inquiétude…
Mademoiselle est remise, pénétrée de confusion de s’être montrée si pusillanime, surtout d’avoir ainsi laissé Guillemette, — elle, le chaperon ! — se débrouiller avec des inconnus sur une grande route, pendant qu’elle se pâmait.
— Mademoiselle, nous pouvons nous remettre en route ? Votre malaise est passé ?
— Oh oui ! Guillemette.
Mais sans en avoir conscience, elle jette un regard méfiant sur le poney, pourtant bien calmé.
L’étranger, qui est resté près de la voiture, s’en aperçoit et propose avec empressement :
— Si madame a peur, je puis lui offrir de la ramener, ainsi que vous, madame, dans l’auto.
Mademoiselle retrouve toutes ses couleurs devant une telle proposition que Guillemette décline avec une souriante dignité de jeune matrone. Un remerciement et un joli signe de tête, très correct, et elle monte en voiture.
Le jeune homme a un salut profond, car Guillemette saisit les rênes.