— Non, nous ne sommes pas blessées ; mais mon amie est très émotionnée. Est-ce que vous auriez l’obligeance de demander pour elle un peu d’eau dans une de ces maisons ? Je n’ose la quitter.
Et elle désigne les petites demeures qui bordent la route et constituent à peu près le village de Danestal.
Les traits du jeune homme ont pris une indéfinissable expression de surprise et d’amusement dont Guillemette s’étonne. Mais, docilement, il s’en va frapper à l’une des portes et s’engouffre vers une cour jonchée de fumier où picorent des poules. Quelques minutes s’écoulent, et Guillemette frémit d’impatience, car Mademoiselle est à peu près évanouie.
Enfin le jeune homme reparaît accompagné d’une femme qui tient verre et carafe.
— Ah ! quelle lenteur ! murmure Guillemette.
En hâte, elle asperge généreusement le visage décoloré de Mademoiselle, laquelle sursaute sous cette inondation, ouvre de grands yeux un peu effarés et contemple, saisie, Guillemette, les inconnus immobilisés près d’elle, puis les lointains où poudroie la lumière.
— Vous allez mieux, n’est-ce pas ? interroge Guillemette dans un ardent désir d’être tranquillisée.
— Oh ! oui, très bien ! répète Mademoiselle cherchant à comprendre ce qui se passe, pourquoi ces messieurs sont là autour d’elle.
Le jeune homme, auquel son compagnon, plus âgé pourtant, montre une singulière déférence, regarde Guillemette avec une sorte d’enthousiasme, et, de sa voix chantante, s’exclame :
— Vous êtes brave, madame. Si vous n’êtes pas blessées toutes les deux, c’est parce que vous avez gardé votre sang-froid. Je vous ai admirée beaucoup !