— Elle pensera que ces inconnus — qui étaient des gens du monde — ont bien fait de nous venir en aide après avoir contribué à notre détresse, en encombrant notre chemin. Ah ! que c’est délicieux de revenir avec tous ses membres, quand on s’est vue, un moment, exposée à les casser !
Au fond du cœur, son aventure l’amuse beaucoup. Que va en dire l’oncle René ? Elle voudrait être déjà arrivée pour lui servir son récit. Mais ce ne sera plus long ; Serpolet trotte d’une allure triomphante et rapide vers Houlgate… Par bonheur ! car l’heure avance. Le ciel se nacre d’or et de pourpre, au couchant, sur les bois dont la sombre masse s’embrume. Les champs, désertés, sont paisibles infiniment ; de rares travailleurs y apparaissent encore dans le crépuscule bleu où passent les oiseaux qui volent vers leur nid.
Enfin, voici Houlgate ! Puis l’allée ombreuse qui mène aux Passiflores. Un promeneur y marche d’un pas rythmé. Il tourne la tête au trot du cheval et s’exclame :
— Comment, Guillemette, vous rentrez seulement ? Si tard ?
— Oncle René, ne me grondez pas ; vous en auriez ensuite des remords, car vous avez failli ne pas me revoir !
Inquiet, il lève la tête vers elle, si fraîche, qu’il ne peut la supposer blessée. Seulement, c’est vrai, ses yeux ont un cerne qui les fait ressembler — oh ! tellement ! — aux yeux de Nicole.
— Que vous est-il donc survenu ? petite fille.
Elle a mis Serpolet au pas ; et lui, il marche près de la voiture. Elle explique :
— Serpolet a eu peur d’une auto et s’est emballé à la descente de Danestal ; et il nous aurait jetées dans une autre auto, en panne sur la route, si le ciel n’avait lancé un chauffeur à la tête de Serpolet. Voilà !
— Guillemette, vous exagérez beaucoup, avouez-le !