— Pas un brin, mon oncle. Demandez à M’selle qui s’est presque trouvée mal d’émotion et a été ranimée seulement par l’eau qu’est allé lui chercher le jeune homme de l’auto. Un garçon très chic, mon oncle, étranger !…

— Mais, Guillemette, qu’est-ce que vous me contez-là ! Est-ce que, vous aussi, vous avez eu besoin d’être aspergée par le jeune homme très chic, étranger ?

— Non… Non, je n’étais pas pâmée, moi ! explique Guillemette, qui est enchantée de la mine de René. Voyez-vous, oncle, j’ai l’idée que mon jeune inconnu devait être un personnage. Son compagnon le traitait d’une manière cérémonieuse et avait l’air tout agité qu’il soit allé chercher de l’eau dans une cour pleine de fumier !

— Pourquoi, petite fille, n’imaginez-vous pas tout de suite que c’est le prince de Susiane en personne ? jette René avec un peu d’impatience. Il est agacé, sans comprendre pourquoi, de voir Guillemette ainsi intéressée par cet inconnu.

Mais il n’a pas le temps de discuter davantage la question, les voici au gîte tous les trois ; et sous l’arcade de la grille enguirlandée de clématites, la voiture entre dans l’allée qui mène au perron.

Mademoiselle saute à terre avec empressement et se hâte vers sa chambre, tourmentée d’avoir abandonné Mad si longtemps. Guillemette, elle, s’arrête sur la terrasse et regarde d’un œil presque caressant le jardin harmonieusement fleuri et, par delà, l’infini de la mer, sur laquelle descend le beau soir, tranquille et embaumé.

Elle se tourne à demi vers René, resté près d’elle.

— Ah ! oncle, quand je pense tout de même que j’aurais pu ne pas revoir tout cela !… Dites-moi que vous auriez eu de la peine si Serpolet m’avait tuée ou même simplement blessée…

— Ne savez-vous pas encore, Guillemette, que vous êtes ma précieuse petite nièce ?

Du sombre iris des yeux, jaillit un regard de chaude affection.