— Guillemette, tu vas me faire le plaisir de rester près de moi, lui dit sa mère d’une voix où gronde l’orage. Que signifie cette manière de t’en aller seule dans le petit salon avec le prince ?
Guillemette ne bronche pas.
— Mais, maman c’est lui qui m’a emmenée. Je croyais qu’il fallait, par politesse, obéir toujours aux rois ?
— Qu’est-ce que vous avez fait dans ce petit salon ?
Guillemette a un frémissement :
— Nous… nous avons un peu causé… Et puis nous sommes revenus…
Heureusement, Mme Seyntis est incapable de soupçonner la vérité et elle se borne à se faire suivre de sa fille au comptoir des fleurs dont elle a la surveillance.
Dans l’âme de Guillemette, c’est un chaos de sentiments qui se heurtent, l’énervent et lui donnent un éclat merveilleux. Elle reste très humiliée de la liberté prise par le prince et, aussi, de la certitude d’y avoir une forte responsabilité. En même temps, dans les vilains bas-fonds de son faible cœur de femme, elle n’est plus si fâchée de l’avoir affolé, d’autant qu’elle l’a puni !
Ainsi qu’une enfant sage, elle demeure maintenant sous l’aile de sa mère. Mais qu’elle cause, qu’elle rie, qu’elle danse, qu’elle vende des fleurs, son esprit demeure hanté par la scène du petit salon…
— Qu’est-ce que vous avez donc ? Guillemette.