Mademoiselle, à l’ombre du grand parasol de coutil, confectionne une brassière pour les pauvres de Mme Seyntis. Un peu plus loin, devant elle, Mad joue au croquet avec des amies ; et toutes se disputent à cœur joie dès qu’un coup douteux leur en offre l’occasion. Mais elles s’amusent beaucoup et sont toutes rouges d’animation, les yeux brillants, leurs pieds nus trépignant sur le sable.

Le bruissement soyeux d’une robe fait relever la tête de Mademoiselle dont le visage s’éclaire :

— Comment ! c’est vous ? Guillemette. Déjà de retour… Vous êtes-vous amusée à Trouville ?

— Pas du tout… Et j’ai bien regretté de n’être pas restée avec vous tranquillement sur la plage !

Sans souci de sa toilette de courses, elle s’assoit sur le sable à côté de Mademoiselle. Sa physionomie est celle des jours orageux. Silencieuse, les mains jointes sur ses genoux, elle regarde — sans rien voir — vers le couchant lumineux.

Mademoiselle l’observe avec une surprise un peu anxieuse ; timide, elle n’ose l’interroger… Puis, tout à coup, une question lui échappe :

— Guillemette, est-ce que vous n’êtes pas contente de votre après-midi ?

— Il a été ce qu’il pouvait être ! fait Guillemette d’un ton singulier. Avec père, j’ai assisté aux courses ; puis nous sommes allés au lunch de Mme de Vausennes. Sa maison est très hospitalière. Aussi il y avait nombreuse assistance. On y dansait… flirtait…

— Oh ! Guillemette, vous n’avez pas flirté !…

— Mais si ! M’selle, répète Guillemette du même accent bizarre. Pourquoi non ?… Quand bien même cela ne m’aurait pas amusée, j’aurais été ridicule de ne pas faire comme tout le monde… Je crois que le champagne de Mme de Vausennes avait un peu excité quelques-uns de ces messieurs… Le petit de Broyes et Maurice Vernaud ont tellement supplié Régine de leur montrer sa chambre qu’elle a fini par y consentir.